L’injustice fondamentale des changements climatiques (1)

par Jean-Pascal van Ypersele
09/02/2008
  CJS -KSR

L’effet de serre symbolise les atteintes à l’environnement dues à la logique d’accumulation. Des dizaines de milliards de tonnes de CO2 sont émises chaque année par combustion de charbon, pétrole et gaz. Les changements climatiques vont affecter les écosystèmes, la chaîne alimentaire, l’eau, la santé humaine… et en particulier les populations les plus vulnérables. Les principaux responsables continuent pourtant à exporter leur mode de développement, or un monde dont chaque habitant polluerait autant qu’un Etats-unien moyen est inconcevable. La communauté internationale a adopté en 1992 une Convention sur les changements climatiques, renforcée en 1997 par le Protocole de Kyoto. Mais le Nord a accumulé une telle dette climatique vis-à-vis du Sud que ce dernier rechigne à participer aux efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre tant que le Nord ne passe pas sérieusement aux actes.

Or, sans réduction drastique de l’usage des combustibles fossiles, un climat plus chaud que ce que l’humanité n’a jamais connu va prévaloir et des centaines de millions de personnes seront affectées. Les pays riches doivent d’urgence réduire leurs émissions, promouvoir un développement mondial propre et aider le Sud à s’adapter à la part des changements climatiques devenue inévitable.

INTRODUCTION

Depuis la révolution industrielle et l’invention de la machine à vapeur, la combustion massive de combustibles fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel) a mené à une augmentation de 35 % entre 1750 et 2005 de la concentration atmosphérique en dioxyde de carbone (CO2), le gaz à effet de serre d’origine humaine le plus important. Le CO2 est en effet un déchet inévitable de toute combustion, et près de la moitié des quantités émises reste dans l’atmosphère pendant environ un siècle, l’autre moitié étant absorbée par les océans et la végétation. Le développement inégal du Nord et du Sud a pour conséquence que près de trois quarts de l’excès de CO2 accumulé dans l’atmosphère jusqu’à ce jour proviennent des pays dits « développés ». Même s’il est probable que les pays du Sud émettent d’ici 10 ou 20 ans plus de gaz à effet de serre que ceux du Nord, les quantités accumulées dans l’atmosphère proviendront encore longtemps principalement des pays « développés »(1).

Or ce sont ces quantités accumulées au fil des décennies qui sont à l’origine du réchauffement du climat, et pas directement ce qui est émis une année donnée. En effet, le CO2 présent dans l’atmosphère retient une part de la chaleur rayonnée par la Terre sous forme d’infrarouges, et plus il y a de CO2, plus il y a de piégeage, ce qui accroît inévitablement la température moyenne globale de l’air en surface et modifie le climat de la Terre. C’est ce qu’on appelle « l’intensification de l’effet de serre », en référence au mécanisme à l’oeuvre dans les serres, où les vitres jouent un rôle similaire à celui du CO2. Le Nord a donc accumulé, avec le CO2, une « dette climatique » vis-à-vis du Sud (Simms, 2005).

Le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, ou IPCC en anglais)3 a estimé en 2001 que la plus grande partie du réchauffement observé au cours des 50 dernières années est due aux gaz à effet de serre d’origine humaine, et que la poursuite de ces émissions sans politique sérieuse de réduction augmenterait la température globale de 1,4 à 5,8°C entre 1990 et 2100, selon le scénario d’émissions et le modèle utilisé (GIEC, 2001 ; Houghton, 2004 ; Le Treut et al., 2004). Bon nombre d’autres paramètres climatiques seraient aussi affectés.

Le niveau moyen des mers augmenterait de 9 cm à 88 cm pendant la même période, et continuerait à augmenter pendant des siècles après que la température se soit stabilisée. Le cycle hydrologique sera intensifié, engendrant davantage de sécheresses dans certaines régions, et d’inondations dans d’autres.

Plusieurs des changements anticipés pour ce siècle commencent à être perceptibles dans les relevés climatiques. Le réchauffement global moyen mesuré en surface est de 0,6°C au cours du 20e siècle, avec des valeurs plus élevées encore sur les continents et au voisinage des pôles. Le nombre de vagues de chaleur est en augmentation, de même que la proportion des pluies qui tombe de manière concentrée, ce qui favorise les inondations. L’intensité des cyclones tropicaux croît également depuis 1970. La grande majorité des petits glaciers continentaux est en train de fondre, et la calotte glaciaire du Groenland fait de même.

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(1) Le lecteur intéressé peut expérimenter différents scénarios climatiques avec le logiciel JCM proposé sur http://jcm.chooseclimate.org, et qui a été développé notamment grâce au soutien des services fédéraux belges de la politique scientifique (SPPPS)